Mis à jour le 21 juillet 2020

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Un univers méconnu

L’univers de la danse en couple regorge de disciplines, familières pour les unes, exotiques pour les autres, et il est bien souvent difficile d’y voir clair pour un regard non initié. Cet univers est intimement lié à l’héritage du XXème siècle, période d’intenses métissages, d’évolution et de redéfinition pour la grande majorité des danses.

C’est d’ailleurs au XXème siècle que naît l’expression « danses de salon », par opposition au rock. Les danses de salon peuvent aussi bien égayer les guinguettes que donner de l’éclat aux bals, elles sont représentées dans toutes les couches de nos sociétés. Alors que la valse viennoise et le tango sont associés à la haute société, les swings et la valse musette sont plus populaires. Certaines danses, comme le flamenco, portent même une identité nationale et sont lourdes de symboles.

Longtemps oubliées, ces danses ont gagné en visibilité grâce à l’émission « Danse avec les stars » ou aux compétitions sportives (on parle alors de « danses sportives »). Il reste néanmoins difficile d’y voir clair et cet article se donne pour objectif de mettre un peu d’ordre et de lumière sur le vaste univers des danses en couple. Pour ce faire nous nous concentrerons sur les danses dites « sportives » au sein desquelles on distingue danses standard et danses latines.

Les danses standard

Commençons par les danses dites standard. Elles se dansent en position fermée (la danseuse se trouve dans les bras de son partenaire) et se caractérisent par des tours autour de la piste. On distingue cinq danses standards : le quickstep, le tango, la valse viennoise, la valse anglaise et le foxtrot.

Plus ancienne des cinq danses, la valse viennoise est devenue à la mode en France sous le Premier Empire. Danse à trois temps, rapide et tournante, elle témoigne d’un esprit très romantique.

Danseurs de valse viennoise selon Ernst Oppler, 1929


Tout aussi présent dans les esprits que la valse viennoise, le tango serait né de métissages entre les traditions des migrants espagnols et les cultures créole et africaine, principalement à Buenos Aires et Montevideo. Très apprécié par la haute société européenne des années 1930, le tango séduit par son fort caractère, ses jeux de tête vifs et son côté rapide et saccadé.

Danseurs de tango


Les origines du quickstep sont plus faciles à établir. Il trouve son origine dans les années 1920 et dérive directement du foxtrot et du onestep, danses trop lentes pour suivre les rythmes de plus en plus rapides. Cette danse à quatre temps, gaie et entrainante, est associée à un registre jazz-swing et à des tempos assez soutenus.


La valse anglaise fait partie des danses standards de compétition. Elle est la forme moderne de l’ancien « Boston », valse lente à trois temps venue des Etats-Unis. On la danse sur un tempo plus lent que sa parente viennoise. C’est une danse sportive assez accessible mais exigeante dès lors qu’on la pratique à haut niveau.


Le foxtrot, né aux Etats-Unis, nous ramène en Amérique. Arrivé en Europe après 1917, syncopé, élégant et gracieux, le foxtrot a tout pour plaire. Il se danse exclusivement sur du ragtime. Apparu aux Etats-Unis après la guerre de Sécession, le ragtime est la première expression purement instrumentale de la musique afro-américaine. Il combine des éléments de musique classique européenne et les rythmes syncopés des chants traditionnels africains.

Les danses latines


Viennent ensuite les danses latines reconnues en compétition, au nombre de cinq : le cha-cha-cha, la rumba, la samba, le paso doble et le jive. Existent aussi la bachata, le son ou le merengue, entre autres. Comme leurs noms l’indiquent, ces danses sont pour la plupart nées de la rencontre et des métissages entre les cultures espagnole, créole et africaine.

Le cha-cha-cha trouve ses origines au début des années 1950, alors qu’un chef d’orchestre décide de simplifier les pas du mambo (danse cubaine popularisée dans les années 1930). En combinant deux rythmes cubains, il obtient un rythme caractérisé par trois battements de bongo rapprochés et facilement audibles. Les danseurs traduisent alors ce battement par un pas chassé, trois glissements de pieds dont le son aurait donné son nom à cette danse. Dynamique et joyeuse, elle demande un fort travail des hanche

Danseurs de cha-cha-cha


Arrivée en Europe vers 1930, la rumba est une danse à quatre temps, syncopée et sensuelle, qui renvoie à la séduction. Née de la culture afro-cubaine dans les quartiers populaires de La Havane, elle se danse sur un mélange de chant et de percussions. Une bonne chorégraphie de rumba donne à voir des jeux d’attraction ou de rejet entre l’homme et la femme. Les mouvements érotiques et sensuels féminins obtiendront une réponse de désir et de domination masculine.


La samba, pour sa part, nous conduit au Brésil, dont elle est un symbole fort. Intimement liée au carnaval, elle fait partie de l’identité brésilienne. Puisant dans les danses des esclaves noirs, elle est gaie et exubérante. Son tempo rapide exprime une réelle joie de vivre. C’est une danse à deux temps. La samba s’est exportée avec succès en Occident, la première école de France a ouvert vers 1975.


Le paso doble, d’origine espagnole, évoque directement la tauromachie. A deux temps, il évoque la passion et le drame. A l’origine, le paso doble s’inspire des pas militaires. Les nombreux conflits armés du XVIIIème siècle ont eu pour effet de confronter fréquemment les ruraux espagnols aux armées. Et c’est tout naturellement que ces pas sont intégrés aux danses populaires. Joué par hasard lors d’une corrida à la fin du XVIIIème siècle et convenant remarquablement à l’ambiance, le paso doble se lie peu à peu à cette tradition.


Le jive est une danse d’origine latine énergique et très rapide, popularisée aux Etats-Unis dans les années 1940. Proche parent du rock’n’roll, le jive est plus technique et certaines figures sont assez difficiles à réaliser, notamment lorsqu’il s’agit de faire tournoyer dans les airs la partenaire féminine. Le mouvement de base, un pas à 6 temps, est néanmoins assez simple à réaliser.

Danseurs de jive


Ce panorama des danses de salon permet d’en comprendre la richesse et les origines variées. Alors que certaines sont nées de métissages, d’autres puisent dans une tradition nationale précise. Si quelques-unes se pratiquent majoritairement dans les classes aisées, d’autres ont conservé une tonalité plus populaire. Ajoutons finalement que la liste établie dans cet article ne couvre, bien entendu, qu’une petite partie de l’univers des danses en couple. Ne serait-ce que pour les danses latines. N’oublions pas le son, le merengue ou la bachata, entre autres. Le monde de la danse sportive a en effet dû faire des choix, et toutes les traditions n’ont pas pu jouir d’une représentation officielle.