Mis à jour le 29 mai 2019

Depuis quelques années, le coaching par le théâtre et autres team-building d’impro connaissent un développement fulgurant en entreprise. Par ailleurs le théâtre est utilisé comme outil thérapeutique au nom de ses bienfaits supposés. Mais ces vertus sont-elles prouvées scientifiquement ?

Cela fait longtemps que les neurosciences se penchent sur la question. Leur conclusion est sans appel : le théâtre fait effectivement du bien au cerveau.

Les réflexions sur le lien entre théâtre et activité du cerveau sont anciennes. En 1896, le psychologue Albert Binet affirmait que « les acteurs subissent un dédoublement mental comparable aux phénomènes d’hystérie ».

Que se passe-t-il dans le cerveau d’un comédien ? Quels mécanismes lui permettent d’incarner tout entier un personnage qui ne lui ressemble pas ?
C’est bien le mystère que relève le célèbre professeur de théâtre Constantin Stanislavski en 1920 : « Est-il possible d’identifier les moyens qui permettent, de manière volontaire et consciente, d’induire cet état créatif que les génies obtiennent naturellement et sans effort ? ».

Depuis 30 ans, ce mystère est peu à peu élucidé par les neurosciences qui révèlent que le théâtre est un lieu d’exercice privilégié de la plasticité cérébrale, du système des neurones miroirs, du circuit du plaisir ou encore de la mémoire procédurale. Ce faisant, le théâtre a des bienfaits sur le cerveau que nous vous présentons ci-dessous.

image du réseau neuronal du cerveau

1) Exercer sa créativité

Les neuropsychologues Jacques Fradin et Camille Lefrançois distinguent deux modes de fonctionnement du cerveau : le mode automatique et le mode adaptatif.

Le mode automatique résout le connu ; il est rigide, simplificateur et fonctionne par expérience.

Le mode adaptatif crée et aborde l’inconnu ; il est donc le support de la créativité et permet de nous confronter à la difficulté en exerçant notre curiosité, notre souplesse intellectuelle et notre bon sens.

Or, c’est bien le cerveau adaptatif que le théâtre mobilise le plus en demandant au comédien une adaptation constante à son personnage et à son environnement. Lors du jeu, le comédien exerce constamment des processus cognitifs moteurs de créativité :

  • La désinhibition cognitive: le comédien apprend à tenir compte des informations sensorielles, émotionnelles ou intellectuelles habituellement filtrées.
  • La flexibilité attentionnelle: le comédien apprend à discerner ses différents modes de perception (sensorielle, psychique, émotionnelle).
  • L’imagination : le comédien apprend à construire des simulations mentales que pourrait avoir son personnage.

2) Augmenter son empathie

« Ne cherchez pas en vous, il n’y a rien ; cherchez dans l’autre qui est en face de vous », Stanislavski.

Pour jouer avec sincérité et mimer la réalité, Stanislavski conseille à l’apprenti comédien d’écouter son personnage et ses partenaires avec empathie.

L’intuition de Stanislavski est vérifiée par la découverte il y a vingt ans des neurones miroirs (neurones qui s’activent à la fois quand l’individu exécute et observe une action) : « Avec la découverte des neurones miroirs, les neurosciences commencent à comprendre ce que le théâtre sait depuis toujours ! », Peter Brooke, 2006.

Ainsi, les techniques mimétiques du comédien et ses efforts pour être prédisposé à répondre instinctivement à ses partenaires copient le fonctionnement des neurones miroirs et exercent l’empathie naturelle.

femme qui sourit

3) Mieux se comprendre soi-même

Dans la méthode Stanislavski, le comédien est son propre instrument. Il doit « utiliser sa propre expérience vécue pour pouvoir reproduire les nuances subtiles et la profondeur de la vie ».

Dès lors, ce sont les vraies émotions du comédien, ses réactions, sa réflexion qui construisent son jeu.

Le personnage sert donc au comédien de support pour exprimer des émotions habituellement réfrénées par le respect de son rôle social.

Le théâtre permet alors au comédien de se découvrir dans des facettes qui lui étaient inconnues, comme l’affirme le psychanalyste Mannoni en 1969 : « Lorsque le comédien incarne un personnage, il exprime des images du Moi ».

4) Travailler son intelligence émotionnelle

L’intelligence émotionnelle est la capacité à reconnaître, comprendre et maîtriser ses propres émotions et à composer avec celles des autres.

Le théâtre est un lieu de catharsis, qu’Aristote définit comme «la purgation des passions négatives par l’Art ».

Ainsi, le théâtre met à distance, est un intermédiaire qui permet d’exprimer dans un cadre neutre des émotions difficiles à extérioriser et à appréhender.

A long terme, le théâtre enseigne à être extrêmement attentif à nos différents états émotionnels et à ceux des autres.

acteurs assis sur la scène répétant leur texte

5) Lutter contre le stress

D’après le neuropsychologue Jacques Fradin, le stress est le signal d’alerte que nous adresse notre cerveau lors du passage de son mode automatique à son mode adaptatif (mobilisant le cortex préfrontal) afin de s’adapter aux pressions de notre environnement.

Selon lui, lutter contre le stress implique donc de mieux comprendre et d’exercer notre cerveau adaptatif, « d’ouvrir notre conscience au préfrontal ».

Or, nous avons vu que le jeu théâtral mobilise sans cesse le cerveau adaptatif (par exemple lors de mises en situation, de jeux d’improvisation et de jeux d’identification).

Etant donné qu’il améliore notre capacité d’adaptation, le théâtre devient alors une excellente réponse au stress.

6) Faciliter les échanges dans la vie quotidienne et professionnelle

En plus de favoriser l’empathie, l’intelligence émotionnelle et de réduire le stress, le théâtre est un véritable vecteur de cohésion.

Dans son essai sur la fonction sociale du jeu, Homo Ludens (« l’homme qui joue »), l’historien allemand Johan Huizinga avance que le théâtre mime les sociétés humaines et le lien social.

Le théâtre peut même constituer une thérapie de groupe. La mise en scène et les jeux d’identification font de lui un intermédiaire permettant d’aborder un conflit ou une expérience traumatique avec apaisement.

Ainsi en 1930, le psychiatre Jacob Levy Moreno invente le psychodrame, psychothérapie par le théâtre, où les comédiens rejouent des scènes conflictuelles ou une expérience traumatisante.

Aujourd’hui la dramathérapie, comme créatrice de cohésion et thérapie de groupe, se démocratise de plus en plus et est même utilisée en entreprise.

Découvrez également notre article sur les 6 bonnes raisons de s’inscrire à un cours de théâtre

Sources:

Embodied Acting, Rick Kemp : https://www.taylorfrancis.com/books/9780203126110

Mon cerveau cet inconnu, Pierre Moorkens (TEDxDunkerke) : https://youtu.be/CtyU6DsBzv8

Le groupe théâtre comme médiation thérapeutique auprès d’adolescents au processus de subjectivation entravé, Béatrice Vandevelde et Yves Morhain (CAIRN) https://www.cairn.info/revue-psychotherapies-2012-2-page-125.htm

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