Mis à jour le 22 juin 2020

Durant le confinement, du 17 mars au 11 mai 2020, les Français ont tenté de maintenir tant bien que mal une partie de leurs activités de loisirs. A ceux qui suivaient des cours réguliers (sport, pratiques artistiques ou manuelles, enseignements dans le cadre de la formation professionnelle…), les professeurs et intervenants ont souvent proposé une offre de cours à distance, notamment par visio-conférence. Cela leur permettait de conserver le lien avec leurs élèves et de garantir la continuité de leur offre de cours. Une petite enquête que nous avons menée mi-juin 2020 en Île-de-France auprès d’une quarantaine d’intervenants de disciplines artistiques révèle que 2/3 ont proposé une offre de cours à distance durant le confinement.

Dans cet article nous nous concentrerons donc sur les cours de pratiques artistiques (danse, arts plastiques, théâtre, chant…) dans le contexte de l’épidémie de Covid-19.

Les principales conclusions de cet article:

  • Pendant le confinement de nombreux professeurs de pratiques artistiques ont proposé à leur élèves une poursuite des cours à distance, selon des modalités diverses.
  • Post-confinement les difficultés de reprise varient suivant les disciplines: elles sont plus grandes en danse qu’en arts plastiques par exemple.
  • Les élèves ne semblent pas exprimer d’inquiétudes particulières à l’idée de reprendre les cours en présentiel.
  • Une majorité de professeurs pense développer à l’avenir de nouvelles modalités de cours (cours à distance ou en petits groupes).

Crédit photo: Alice Beuvelet

Alors que depuis le mois de mai 2020, les activités économiques et sociales redémarrent peu à peu en France, la question de la reprise des pratiques artistiques demeure soumise à de nombreuses interrogations : un groupe de dessinateurs amateurs peut-il se réunir sans risque dans un atelier pour pratiquer leur art ? Est-il possible de danser en couple ou doit-on se limiter aux danses en solo ? Comment limiter le risque de contamination par gouttelettes en chant ou en théâtre ?

Si le gouvernement a donné des directives assez claires et imposé des mesures préventives concrètes, la diversité des pratiques et leurs statuts respectifs sont problématiques. Autorisés à rouvrir les portes de leurs cours (par exemple depuis le 11 mai pour le chant en cours particuliers ou le 2 juin pour la danse solo en zone verte), les professeurs sont relativement libres de gérer l’incertitude à leur manière. Ainsi, certaines écoles et associations, d’arts plastiques ou de théâtre par exemple, ont fait le choix de rester fermées alors même qu’elles pourraient accueillir des élèves. Il s’agit pour ces écoles de continuer les cours en ligne, moyen de communication très utilisé pendant le confinement. Le tout est de minimiser les pertes financières, particulièrement sévères pour les indépendants, sans mettre en péril la santé des élèves. On comprend donc que déterminer la juste conduite à adopter est loin d’être évident.

Une reprise des cours en présentiel progressive : résultats d’une micro-enquête

Au terme de la petite enquête menée auprès de 40 professeurs en Ile-de-France nous constatons que si, au 12 juin, la majorité a repris ses cours en présentiel (hormis en danse), cela ne s’est fait qu’en respectant les plus grandes précautions.

La moitié des répondants ont ainsi dû réduire de 50% ou davantage les effectifs de leurs cours. Ils sont également plus de la moitié à déclarer avoir dû modifier significativement le contenu pédagogique de leurs cours (les professeurs de danse en particulier envisagent de revoir la manière dont ils enseignent pour tenir compte des règles de distanciation physique). Enfin une majorité pense développer de nouvelles formules de cours à l’avenir, plus compatibles avec une situation épidémique : cours à distance, stages en petits groupes, cours particuliers…

Crédit photo: AKD Studio Prod

Point rassurant néanmoins, seule une minorité de professeurs relève un niveau d’inquiétude notable chez ses élèves à l’idée de reprendre les cours en présentiel, preuve que l’envie de redémarrer les activités est présente au sein du public.

Le théâtre

Nombreux sont les professeurs de théâtre qui ont assuré leurs cours en ligne pendant le confinement, grâce à des outils comme Zoom ou Skype. Si de tels cours ne remplacent pas des cours en présentiel, ils permettent aux professeurs de maintenir un lien avec leurs élèves et d’assurer leur suivi, non sans difficulté.

Et cette solution provisoire semble devoir fonctionner jusqu’à l’été 2020 chez un certain nombre de professeurs. Hors de question pour eux en effet de faire revenir les élèves, le risque de contamination lors de la prise de parole et du jeu est bien trop important. Et faire du théâtre avec un masque est assez ridicule dès lors qu’il s’agit d’un masque de protection.

Malgré tout, les écoles font le pari d’une réouverture en septembre 2020 et beaucoup ont lancé leurs campagnes d’inscription, certaines allant même jusqu’à proposer des stages en août ou à reporter à septembre les spectacles, points d’orgue de l’année. Les locaux devront alors être aérés et désinfectés selon des règles strictes, et les élèves seront priés d’apporter leurs propres accessoires.

deux jeunes acteurs sur scène au sol
Crédit photo: Louis Barsiat

Exemple n°1 : les cours de théâtre d’Emmanuel durant le confinement, le téléphone plutôt que Zoom

Emmanuel Vacarisas est professeur de théâtre  à Paris. Il donne plusieurs cours hebdomadaires à des groupes amateurs. Confiné à la campagne avec une mauvaise connexion internet, Emmanuel n’a pas pu proposer d’accompagnement par visio-conférence à ses élèves. Il a donc maintenu un lien par téléphone, organisant des conférences téléphoniques régulières avec deux à quatre élèves.

Cette approche s’est avérée particulièrement fructueuse. Selon Emmanuel, le téléphone accroît en effet l’attention portée à la voix des comédiens et permet un travail plus poussé, facilité par le rapport au temps propre au confinement.

S’il entend reprendre ses cours sur le format classique en septembre, certains élèves ont prévu de continuer de répéter entre eux par téléphone, ce qu’ils ne faisaient pas par le passé. Le confinement a donc pu donner naissance à des pratiques novatrices appelées à perdurer.

Les cours en présentiel d’Emmanuel ont pu reprendre le 11 mai. Les spectacles de fin d’année ont été reportés à septembre. Enfin, il n’enregistre que peu de pertes financières pour ses cours amateurs ; la grande majorité de ses élèves paie à l’année et n’a pas exigé de remboursement pour les quelques semaines d’interruption.

La danse

Le cas de la danse est un peu plus délicat que celui du théâtre. En effet, les mouvements des danseurs peuvent rendre plus difficile le maintien d’une distance minimum. Par ailleurs, les danses en couple sont par définition incompatibles avec la distanciation physique. Enfin, d’un point de vue réglementaire, la pratique de la danse dépend à la fois du ministère de la Jeunesse et des Sports et de celui de la Culture, ce qui a pu être source d’incertitudes durant le déconfinement.

Néanmoins, un décret a permis officiellement aux écoles de danse solo de rouvrir à partir du 2 juin en zone verte, dans des conditions assez strictes. Il s’agissait de limiter les effectifs à 10 personnes au maximum, d’imposer le lavage de mains régulier et la distance minimale d’un mètre entre deux élèves. Le port du masque n’était, en revanche, pas obligatoire. Ici encore, la décision de réouverture appartenait aux professeurs.

Crédit photo: La Roulotte à vapeur

La question de la danse en couple fait débat. Certains avancent que de tels cours doivent rouvrir, les personnes vivant en couple ayant de nombreuses occasions de se contaminer… D’autres leur opposent le fait que ces cours sont majoritairement fréquentés par des célibataires et qu’on change fréquemment de partenaire durant une séance. Certaines initiatives ont vu le jour pour réfléchir aux conditions de reprise de la danse en couple, par exemple le groupe Facebook Liberté Action Danse. Si des incertitudes demeurent il serait surprenant en tout cas que la danse en couple soit traitée différemment des sports de contact par exemple.

Exemple n°2 : les cours de flamenco de Valérie Romanin

« J’ai pendant le confinement fait une conférence (en deux fois 1h15) à chacun de mes groupes de flamenco aux pieds nus (soit 3 groupes) sur l’histoire du Flamenco, les aspects chant/musique/danse et la théorie du Duende.

Mes élèves ont beaucoup apprécié ce volet théorique qu’on ne prend pas le temps de développer dans une salle de danse, puisqu’on y privilégie le mouvement !Ca a permis de maintenir le lien au sein des groupes, qui est plus fort qu’on ne croit.

Dès le 11 mai, j’ai proposé à mes élèves de Fontenay-sous-Bois de se retrouver au Bois de Vincennes, le jeudi à 14h (c’est à dire comme d’habitude mais ailleurs).

Le 1er jeudi des retrouvailles fut très intense. Beaucoup d’émotion à se retrouver en « carne y hueso »  (en chair et en os). »

Le chant et la musique

Le chant, par l’activité expiratoire qu’il implique, est générateur d’aérosols et de gouttelettes potentiellement contaminants. Selon le niveau de maîtrise technique ou le type de son que l’on essaie d’obtenir, on expirera un plus ou moins grand volume d’air.

Un décret encadre la reprise des cours de chant, possibles depuis le 11 mai. Les problématiques ne sont cependant pas les mêmes selon que l’on considère les cours de chant particuliers ou bien les chorales. Ces dernières peuvent rassembler des effectifs importants et les participants sont en général très près les uns des autres durant les répétitions.

Les mesures sanitaires sont bien entendu très contraignantes. L’usage régulier de gel hydroalcoolique est obligatoire, tout comme la désinfection du matériel et l’aération des locaux. Notons que les locaux atypiques, situés en sous-sol ou dont les fenêtres sont condamnées, fréquents à Paris, présentent des risques sanitaires plus importants. La gestion de ce risque est une fois encore laissée à l’appréciation du professeur. Aussi, la distanciation physique est de mise, ce qui a conduit certains enseignants à préférer les cours par visioconférence.

Le cas des cours de musique est lui aussi problématique. Si la pratique des instruments à cordes présente peu de risques, celle des instruments à vent pose question. Autre point d’importance, les établissements tels que les conservatoires ne peuvent pas suivre le protocole de l’Education nationale. Les enseignements scolaire et musical sont en effet très différents.

Crédit photo: Le Choeur de Pierre

Exemple n°3 : les cours de chant de Claire

Claire est professeure de chant. Dès avant le confinement elle avait l’habitude de donner des cours particuliers par visio-conférence (élèves éloignés géographiquement ou avec une demande urgente (audition, casting)).

Dès le début du confinement elle a annoncé à ses élèves qu’elle basculerait tous ses cours en visio-conférence, et leur proposerait de plus des formats et des durées de leçons tout à fait individualisés selon les besoins, envies et possibilités de chacun.

Cependant un peu moins de la moitié des élèves a souhaité continuer les cours à distance durant le confinement. Certains, vivant en appartement ou en colocation, pensaient qu’il leur serait difficile de chanter librement chez eux. D’autres partaient se confiner à la campagne et ne disposaient pas d’une connexion adéquate. D’autres enfin n’envisageaient pas de prendre des cours par visio-conférence et préféraient attendre la reprise de l’enseignement en présentiel.

Le déconfinement est aujourd’hui effectif, les lieux de cours (studios de répétition à Paris) ont rouvert et sont supposés avoir mis en place des protocoles d’hygiène. Cependant, s’agissant des cours de chant – activité hautement expiratoire, et difficile à pratiquer avec un masque – Claire continue de ressentir un dilemme en tant que professeure devant la perspective et la responsabilité de faire cours dans des espaces restreints, sans fenêtre, peu ventilés, où passent de nombreux groupes et avec la contrainte de désinfection des surfaces et équipements entre chaque élève.

Les arts plastiques : dessin, peinture et sculpture

Les arts plastiques sont peut-être une des pratiques artistiques pour lesquelles la reprise des cours sera la plus facile. En effet lors des séances les participants ont des places fixes et interagissent peu, même s’il faut s’assurer de l’aération de l’espace et que le matériel ne soit pas échangé entre les élèves. D’ailleurs lors de notre petite enquête conduite mi-juin nous avons pu constater que la proportion de professeurs d’arts plastiques ayant repris les cours en présentiel était plus importante qu’en théâtre et évidemment en danse.

Exemple n°4 : les cours de dessin et peinture du collectif D’un atelier à l’autre

Nous avons échangé avec Charlotte Salvanès, professeure de dessin et peinture chez D’un atelier à l’autre à Ivry-sur-Seine. Suite au confinement, Charlotte et ses collègues ont vite compris que les seules fiches de cours envoyées par mail seraient insuffisantes et ne permettraient pas de motiver les élèves. La piste des cours par visio-conférence a également été écartée car il est très difficile pour un professeur de dessin de faire des démonstrations et de corriger les travaux des élèves par ce biais.

Le choix s’est donc porté sur la mise en ligne de tutoriels pédagogiques sur YouTube, longs à préparer mais ludiques et efficaces. Les cours avaient lieu à distance, à heure fixe, les élèves ayant préalablement regardé les tutoriels.

Durant le cours, les échanges avec le professeur se faisaient sur un groupe WhatsApp. Les élèves avaient donc accès aux corrections des travaux des autres sur ce groupe, ce qui leur a semblé très instructif, du moins pour la grande majorité qui s’est prêtée au jeu. On le voit, la visio-conférence Zoom n’est pas forcément la panacée et d’autres systèmes peuvent s’y substituer avantageusement.

A cette heure, pour diverses questions pratiques, les cours du collectif n’ont pas encore repris en présentiel et se tiennent toujours en ligne. L’atelier entend même développer ce type de cours à la rentrée de septembre 2020, suite à de nombreuses demandes et au succès des vidéos.

dessinatrice faisant du dessin d'anatomie
Crédit photo: D’un atelier à l’autre

Conclusion : la reprise des cours, entre espoir et inquiétude

La reprise des pratiques artistiques est donc une question assez complexe. Certes, des décrets encadrent et déterminent les dates de réouverture et les contraintes sanitaires à respecter. Mais, dans la pratique, les professeurs et écoles doivent réaliser un arbitrage entre souci de la sécurité des élèves et minimisation des pertes économiques.

C’est dans l’optique de faciliter cet arbitrage que l’Etat a mis en place un Fonds de solidarité à destination des indépendants ou encore des mesures de report des prélèvements sociaux, qui ont pu bénéficier à certains acteurs du secteur culturel (un peu moins de la moitié des répondants à notre enquête ont déclaré avoir bénéficié d’une aide publique).

Ce soutien d’urgence, jugé positivement par ceux qui ont eu la chance d’en bénéficier (au moins pour passer le cap du confinement), est également motivé par le rôle majeur que tiennent les pratiques artistiques amateurs dans le maintien du lien social et la lutte contre la sédentarité. A l’heure où l’on menace de se transformer en home working couch potatoes, se rendre à un cours de théâtre ou de danse hebdomadaire peut être salutaire à bien des égards.

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