Dessin académique : comment apprendre les bases efficacement et progresser

Qu’est-ce que le dessin académique et pourquoi est-ce une excellente base ?

En France quand on parle de dessin académique on fait souvent référence aux méthodes d’enseignement du dessin qui se sont développées au sein de l’Académie des beaux-arts et de l’École des beaux-arts de Paris au 19ème siècle. Mais ses origines plongent plus loin, dès le 15ème siècle en Italie on commence à pratiquer le dessin de nu. Le dessin académique est aussi vu comme un prolongement des statuaires grecque et romaine, qui lui confèrent une origine prestigieuse.

Le dessin académique est très associé au dessin d’après modèle vivant, nu notamment. En dessinant des modèles vivants nus on acquiert une compréhension intime de l’anatomie et de la manière dont un corps se tient dans diverses positions. Mais on peut faire du dessin académique avec un modèle habillé ou bien sans modèle vivant (en se servant de photographies ou de sculptures comme modèles). Chez Haut Les Cours nous vous proposons une sélection de cours de dessin à Paris dont certains se réclament justement de la démarche académique.

Les 5 piliers fondamentaux pour maîtriser le dessin académique

La maîtrise du trait et de la ligne (le geste)

On rencontre souvent de manière plus ou moins interchangeable les termes trait, ligne, geste. Les trois renvoient aux composantes de base d’un dessin. On peut dire que le trait c’est ce qu’on voit sur la feuille de cette composante de base, la ligne c’est l’intention qu’exprime cette composante (une ligne peut avoir une dynamique, par exemple vers le haut de la feuille), et le geste c’est l’action du dessinateur ou de la dessinatrice qui a réalisé cette composante.

Un trait peut être plus ou moins appuyé, plus ou moins large. En règle général on va essayer d’avoir des traits qui ne soient pas trop brisés. Le fait de briser son trait (par exemple de dessiner une jambe avec de petits segments collés les uns aux autres) permet certes de mieux maîtriser le tracé, mais donne en contrepartie une impression d’imprécision.

La ligne quand à elle, en ce qu’elle exprime une intention va souvent être accompagnée de qualificatifs : brisée, souple, hésitante, droite, courbe, expressive, molle, tendue… Par exemple dans le cas d’un modèle vivant debout on va avoir une ligne générale qui va de la jambe de support, à la partie inférieure du torse puis à la partie supérieure de ce même torse, pour aboutir au cou.

Une ligne directrice du dessin marquée en rouge (nous avons ajouté nous-même le marquage rouge) – Source: Richard Smitheman


Comprendre la structure géométrique et le volume

Aujourd’hui, beaucoup de professeurs déconseillent de décomposer strictement le corps humain en volumes géométriques : le buste en parallélépipèdes, les jambes et les segments des bras en cylindres, la tête en sphère… C’est à ça qu’on aboutit quand on dessine à partir des pantins de bois articulés (vous avez sans doute en tête l’image du pantin, sinon une requête internet « pantin de bois dessin » vous la donnera à voir). Cela permet d’obtenir une structure correcte de corps humain, mais on perd en naturel et expressivité.

Il faut donc éviter une approche systématique par les volumes géométriques (toutes les parties du modèle ne peuvent être représentées par un volume). En revanche, on peut en faire une utilisation parcimonieuse, à certaines étapes du dessin.

Une manière géométrique d’envisager le torse par exemple est de créer deux boîtes, une pour le torse supérieur, une pour le torse inférieur (l’abdomen et le pelvis). Les anglo-saxons parlent de « boxing-out » (littéralement « mettre en boîte »). Le nombril pourra être placé entre les deux boîtes rectangulaires.

Deux boîtes qui marquent les formes du torse et de l’abdomen, avec une ligne médiane – Source: Richard Smitheman


Autre principe, on va faire en sorte que la jambe d’appui soit située dans l’alignement du torse (car c’est bien le poids de ce torse qu’elle soutient). On va pouvoir tracer une ligne qui donne par exemple la direction de la jambe de support et ses proportions (mais on n’a pas encore dessiné la jambe, simplement une ligne directrice).

Le pied de la jambe qui supporte le poids se situe dans l’alignement du torse (car elle supporte le poids du torse) – Source: Richard Smitheman

On peut continuer d’associer des formes aux diverses parties du corps : le torse supérieur peut être vu comme un œuf (après avoir été représenté par une boîte en première analyse comme vu plus haut) : en violet sur l’image ci-dessous. Le bas des côtes peut être représenté grâce à une arche dont le sommet est la base du sternum : en orange ci-dessous. On repère aussi des axes importants: l’axe des épaules, l’axe des crêtes iliaques (l’axe de la ceinture d’un pantalon) : en vert. La cuisse peut être représentée lors des premières étapes par un cône tronqué : en rouge.

Violet: torse de forme ovoïde; orange: bas des côtes; rouge : cuisse en cône tronqué; vert: axes des épaules et des crêtes iliaques – Source: Richard Smitheman

Les étapes de la construction d’un modèle

On peut commencer par ce qu’on appellera la « gestuelle » du modèle, c’est à dire les lignes qui vont exprimer la pose et la dynamique du modèle, voire son action et son mouvement s’il y en a un. On travaille très légèrement avec l’outil (crayon, mine de plomb, fusain) ce qui permettra toujours de faire des modifications par la suite. Une fois qu’on a la pose globale, on va s’intéresser aux proportions des différentes parties du corps. Travailler légèrement, sans trop appuyer sur le crayon fait qu’il sera plus facile à ce stage de corriger les erreurs, de récupérer des jambes trop longues par exemple.

On commence à exprimer les formes et les masses par des lignes et non par des valeurs (les différents tons de gris qui donnent du volume), cela viendra ensuite. Une fois qu’on a les grandes masses on peut commencer à les fixer avec des traits plus francs et aussi à donner des détails anatomiques plus précis.

Ensuite on peut placer les ombres principales. Ensuite on peut remplir avec les valeurs. On veut voir quelles sont les zones dans l’ombre et quelles zones sont dans la lumière et restent en blanc.

3 étapes de gauche à droite : 1/ On place les formes (dessin de gauche); 2/ On ajoutes les ombres principales (les traits en noir les plus marqués : dessin du milieu) ; 3/ On ajoutes tous les valeurs et ombres finales (dessin de droite) – Source Richard Smitheran

Il faut faire attention à ne pas essayer de faire trop de choses d’un coup : le mouvement dynamique qu’exprime la pose, les proportions justes, les valeurs, les détails… Progressez étape par étape.

L’étude des proportions et du corps humain

On évoque souvent les proportions canoniques du corps humain. Ce sont ces proportions qu’illustrent l’Homme de Vitruve de Léonard de Vinci. Si l’on respecte ces proportions la hauteur totale du corps (incluant la tête) est censée faire huit fois la hauteur de la tête, celle de la jambe quatre fois la hauteur de la tête, les jambes et le torse mesurent la même hauteur, les cuisses représentent deux tiers des jambes.

Ces proportions donnent des repères mais en dessin d’observation on est censé dessiner ce qu’on voit du modèle humain, pas ce qu’on croit savoir du corps humain en théorie.

Mais voici un exemple d’étapes pour respecter les proportions : on détermine la hauteur du dessin sur la feuille, on peut placer un axe central, l’axe des épaules, l’axe des hanches. Pour trouver les axes des épaules et des hanches on peut tenir son crayon devant soit, fermer un œil, positionner son crayon de manière à ce qu’il suive l’axe du modèle, puis reporter son crayon sur sa feuille en prenant bien soin de ne pas le faire tourner. On transfère ainsi l’axe sur la feuille. Ensuite on peut placer l’axe du sternum, perpendiculaire à l’axe des épaules. La cage thoracique peut être vue comme un œuf. En dessous le pelvis peut être vu comme un bol.

La cage thoracique peut être vue comme un œuf, le pelvis comme un bol; à droite on voit les axes des épaules et des hanches (en rouge) – Source: Otis College of Art and design

La gestion des valeurs : ombres, lumières et contrastes

Après avoir placé les contours et la structure du dessin on peut s’attaquer aux valeurs, c’est à dire la différenciation entre zones d’ombre et zones éclairées. Cela peut se rendre par des nuances de gris et par le papier laissé blanc. Comme le nombre de nuances possibles de gris est grand, il peut être bien de procéder par étapes.

On peut commencer par utiliser juste un niveau de gris et le blanc du papier pour distinguer ce qui est dans l’ombre et ce qui ne l’est pas.

Un exemple de dessin avec deux valeurs : un niveau de gris et le blanc du papier
Source : Pinterest – Mr Taylor Art Bournside

On peut ensuite passer à l’étape suivante et ajouter un niveau de gris : là où c’est nécessaire, on ajoute une ombre plus forte là où on avait déjà marqué un niveau de gris. Mais disons-le, avoir un grand nombre de niveaux de gris n’est pas essentiel, en général deux ou trois niveaux de gris sont amplement suffisants.

Parfois la limite entre ombre et lumière n’est pas très nette, c’est donc à la dessinatrice d’opérer un choix (mais il faut être cohérent : si on choisit de placer une zone dans l’ombre, une autre zone située dans un plan parallèle devra aussi être dans l’ombre).

Pour un débutant, la technique de prédilection pour réaliser une valeur de gris est tout simplement d’utiliser le plat du crayon. Ensuite on pourra pratiquer les hachures ou l’estompe (étaler le graphite du crayon avec le doigt par exemple). Cependant l’estompe est à réserver aux pratiquants qui ont déjà une bonne maîtrise du dessin, ce n’est pas à recommander aux débutants sous peine de gâcher son dessin.

La perspective linéaire : créer de la profondeur

La perspective linéaire est la perspective à un point de fuite (les lignes droites du dessin non horizontales convergent vers ce point situé à l’horizon). Si on prend le dessin académique dans son sens restreint, à savoir le dessin du corps humain selon les méthodes de l’Académie des beaux-arts, la perspective est moins importante qu’en dessin d’architecture ou qu’en dessin de paysage. Néanmoins il est utile d’en connaître les bases, notamment pour les poses qui donnent à voir de la profondeur.

On utilise fréquemment le raccourci qui permet de faire paraître une partie du corps plus courte qu’elle ne l’est en réalité. Par exemple, si le modèle a le bras tendu vers l’observateur, son bras va nous apparaître plus court qu’il ne l’est en réalité. Pour faire les raccourcis, pour le travail préparatoire, on peut dessiner des lignes parallèles sur le segment dont on veut indiquer la profondeur (qui apparaîtront alors courbes), voir la photo ci-dessous pour comprendre le procédé.

A gauche : une cuisse vue de face (elle ressemble à une pyramide tronquée) ; à droite : la même cuisse avec la base orientée vers nous, elle apparaît alors comme un cône tronqué et les lignes tracées dessus sont désormais courbes. – Source: Richard Smitheman

Mais le plus simple pour un débutant qui n’a pas de notions de la perspective linéaire (qui permet de savoir comment représenter des volumes géométriques dans l’espace) c’est de faire confiance à ce qu’il voit. Si le bras vous apparaît court du fait d’un effet de perspective, faites-vous confiance et dessinez-le court, et résistez à la tentation de le faire plus grand.

Méthodologie : comment structurer votre apprentissage en autonomie ?


Dessiner 20 minutes chaque jour : pratiquer régulièrement plutôt que longtemps

En dessin académique il est important de pratiquer très régulièrement. De plus, pour bien connaître le corps humain il est important d’observer des modèles très souvent (vivant, photo, sculpture). C’est ainsi que l’on deviendra vraiment familier de l’anatomie.

Le dessin académique, et notamment le dessin d’après modèle humain, vivant ou non, se prête très bien à des séquences de travail courtes. Tous les jours vous pouvez faire quelques croquis rapides d’après diverses poses. Comme vous n’aurez pas toujours de modèle vivant sous la main vous pouvez utiliser des photographies de modèles.

Des croquis ultra rapides de 3 à 5 minutes. En si peu de temps vous avez uniquement le temps de poser la dynamique du corps humain, les lignes de force. On ne voit même pas la structure anatomique. Dessinez avec des traits longs et fluides. On ne se préoccupe pas des contours, on est plus intéressé par les appuis, extensions, tensions dans le corps.

Un croquis rapide de 3 minutes – Source: Otis college of art and design

Cependant il est important de ne pas se limiter au croquis rapide. Avec 20 minutes on peut avoir un dessin d’un modèle humain relativement abouti, même si ce ne sera pas suffisamment pour mettre tous les détails, notamment les valeurs.

L’importance de l’observation vs. le dessin d’imagination

Le dessin académique est par excellence un dessin d’observation. On dessine ce qu’on a devant les yeux, par opposition au dessin d’imagination dans lequel on n’a pas de modèle. C’est aussi un dessin qui repose sur des principes théoriques, notamment l’anatomie. La connaissance anatomique vient ainsi se placer entre dessin d’observation et dessin d’imagination. Si on connaît très bien l’anatomie on peut d’autant mieux dessiner d’imagination le corps humain.

Mais la connaissance anatomique peut aussi venir parasiter le dessin d’observation. Quand on est face à un modèle vivant, on doit dessiner ce que l’on voit: par exemple la jambe que l’on voit, et non ce qu’on a appris de l’anatomie de la jambe.

Quels outils choisir pour débuter ? (crayons, papier, supports)

Pour débuter le dessin académique il suffit de peu de matériel : un crayon graphite ou une mine de plomb feront parfaitement l’affaire (plus tard on pourra s’essayer au fusain ou à la sanguine). Une gomme, classique ou mie de pain. Et pour le papier, un bloc de dessin A3 (29,7*42cm). Si vous voulez être dans un esprit atelier de dessin traditionnel, pourquoi pas le format raisin (50*65cm) qui vous demandera un peu plus de place pour travailler. Mais dessiner grand est plutôt à conseiller, ça vous apprendra à dessiner en utilisant l’articulation du coude, voire de l’épaule, et pas seulement le poignet.

Les exercices incontournables pour progresser rapidement


Les gammes d’aplats, hachures et dégradés pour réaliser des valeurs

Pour faire un aplat de gris (la technique privilégiée pour réaliser des valeurs pour les débutants), exercez-vous à placer la mine de votre crayon aussi à plat que possible pour venir colorer le papier de la manière homogène. Essayez de tenir votre crayon loin de la mine pour pouvoir avoir un geste souple (vous aurez peut-être à le tailler pour avoir une surface de mine maximale en contact avec le papier).

Les hachures parallèles : des hachures inclinées à 45°. C’est plus dynamique que l’aplat. Exercez-vous à hachurer des zones bien définies avec des gestes réguliers, il faut que vos hachures aient toujours la même inclinaison, la même largeur d’interstices entre hachures, en exerçant la même pression et en utilisant toujours la même section de votre mine. Disons-le tout de suite, obtenir des niveaux de gris homogènes par hachure diagonale n’est pas à la portée de tous les débutants. Néanmoins il n’y a pas de raison de ne pas s’y exercer.

L’exercice du dessin continu, sans lever le crayon

Pour cet exercice vous pouvez aussi utiliser un stylo bille. Prenez une photographie de modèle humain et dessinez-le avec la contrainte que votre stylo bille ou votre crayon ne doit jamais quitter la feuille. Cela veut dire que vos contours ne seront pas très fidèles, mais la ligne ininterrompue vous permettra de véritablement explorer votre sujet. Essayez de marquer tout ce que votre œil voit. Cela permet aussi de bien poser la structure du modèle.

Le résultat d’un dessin en ligne continue, sans lever le stylo – Source : Chaîne Youtube Drawing Life

L’exercice du dessin de contour fidèle

Cet exercice demande du temps, 20 à 30 minutes. Il peut être réalisé avec un crayon ou un stylo. Le but est de suivre les contours du modèle. Contrairement à l’exercice de la ligne continue, ici vous avez le droit de lever le crayon. Il faut toujours suivre le contour des formes. Ce n’est pas un dessin de silhouette au sens où on chercherait à découper les bords extérieurs du modèle. Non il faut aussi dessiner les contours des formes qui se dessinent sur le modèle (par exemple si le modèle a son bras en travers du torse, il faut dessiner le contour de ce bras).

Il faut garder les yeux fixés sur le modèle, encore plus que sur la feuille. Il faut être dans un état de pure observation.

Le résultat d’un dessin de contours – Source : Chaîne Youtube Drawing Life

FAQ : Questions fréquentes sur le dessin académique

Faut-il savoir bien dessiner pour commencer le dessin académique ?

Non, il s’agit d’une méthode structurée qui s’apprend par la répétition.

Quelle est la durée nécessaire pour maîtriser les bases ?

Avec une pratique régulière (3-4 fois par semaine), des progrès significatifs sont visibles en 3 mois.

Le dessin académique est-il trop rigide pour la créativité ?

Au contraire, il libère la créativité en vous donnant les outils pour dessiner ce que vous imaginez.

Quels outils privilégier pour débuter ?

Un crayon HB, un 2B, une gomme mie de pain et du papier de qualité suffisent.

Peut-on apprendre le dessin académique seul ?

Oui, à condition d’avoir une méthode de travail rigoureuse et de pratiquer l’observation.

Crédit photo de une : Atelier Severo

L'auteur : Nicolas Lorach

Je suis le créateur du site Haut Les Cours. Passionné de pratiques artistiques, notamment l'improvisation théâtrale et le chant, j'ai décidé de créer un guide qui oriente les personnes désireuses de trouver le cours de leur rêve à Paris et au-delà.